Compte rendu du side event « Droits humains en Iran : prisonniers politiques, exécutions et répression des minorités »

Le 19 juin 2025, en marge de la 59e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le Centre Zagros pour les Droits de l’Homme, en collaboration avec Maloca Internationale et l’Association Solidarité Internationale pour la Paix (ASIP), a organisé un side-event intitulé « Human Rights in Iran: Political Prisoners, Deaths in Custody, and Executions ». Cette rencontre a réuni des défenseurs des droits humains, des activistes issus des minorités ethniques et religieuses iraniennes ainsi que des experts internationaux, dans un contexte marqué par une intensification alarmante des violations des droits humains en Iran.

La discussion a été modérée par le Dr Leonardo Pérez, président de Maloca Internationale, qui a ouvert la session en soulignant la montée rapide du nombre d’exécutions en 2025 et la nécessité d’une réaction urgente de la part de la communauté internationale. Il a mis l’accent sur le rôle du Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour empêcher l’instrumentalisation de la peine de mort par le régime iranien à des fins politiques.

Dans un message vidéo, Mrs. Shiva Mahboubi, porte-parole de la Campagne pour la libération des prisonniers politiques en Iran (CFBPI), a tiré la sonnette d’alarme sur les dangers immédiats auxquels font face les détenus en pleine période de guerre. Elle a évoqué le refus d’accès aux soins, les tortures chimiques via des médicaments psychotropes, les attaques contre les prisons et le risque de massacres à huis clos. Elle a appelé à une libération inconditionnelle des prisonniers politiques et à un moratoire sur les exécutions.

Mr. Mohim Sarkhosh, militant baloutche, a présenté une intervention intitulée « Balochistan – A Colony Within Iran », décrivant une région soumise à une véritable politique coloniale. Il a dénoncé l’exclusion économique et politique, les exécutions massives de prisonniers baloutches (au moins 52 entre janvier et mai 2025), les détentions arbitraires de femmes, d’enfants et de personnes sans papiers, ainsi que les conditions carcérales inhumaines dans les prisons de Zahedan, Saravan et Chabahar.

Mr. Adel Mahmoudi, défenseur kurde des droits humains, a exposé la recrudescence des exécutions de Kurdes en détention. Entre octobre 2023 et mai 2025, plus de 190 Kurdes ont été exécutés, dont au moins 13 prisonniers politiques. Il a souligné les cas de torture, les procès expéditifs sans avocat, ainsi que les disparitions forcées comme celles signalées récemment à la prison d’Urmia.

Mrs. Maryame Banihashemi, experte en justice internationale, a mis en lumière l’oppression multidimensionnelle visant les femmes, les minorités religieuses, et notamment la communauté baha’ie, à travers un appareil judiciaire répressif et une militarisation croissante des institutions publiques.

Mr. Babak Behzadi, militant pour la démocratie libérale, a conclu le panel en mettant en avant le potentiel transformateur de la jeunesse iranienne, majoritairement favorable aux droits humains et à une transition vers un État de droit. Il a exprimé l’espoir que cette nouvelle génération surmonte le climat de peur imposé par le régime.

Lors de la discussion ouverte qui a suivi, Mohammad, représentant de la Solidarity Advocacy Campaign, a interpellé le panel sur la situation des minorités religieuses comme les Juifs, Zoroastriens et Bahá’ís. Simin Fahandej, représentante de la communauté baha’ie, a rappelé la persécution systématique dont les Bahá’ís sont victimes depuis 1979. Elle a notamment cité le document signé par Khamenei interdisant toute promotion sociale ou professionnelle aux Bahá’ís, ainsi que les campagnes massives de propagande haineuse dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Face aux tensions actuelles avec Israël, elle a exprimé son inquiétude concernant de nouvelles accusations infondées d’espionnage à l’encontre des Bahá’ís, souvent utilisés comme boucs émissaires. Un autre participant a évoqué des rumeurs d’exécutions imminentes décidées en hâte par le parlement iranien. Plusieurs intervenants ont rappelé que la République islamique n’a souvent besoin d’aucun prétexte pour tuer, et que l’objectif est avant tout de maintenir un climat de peur.

Un dernier témoignage a dénoncé le pillage des ressources dans les régions non-persanes comme le Baloutchistan, le Kurdistan ou l’Ahwaz, au profit du centre du pays, perpétuant une inégalité structurelle depuis plus d’un siècle.

Le panel a unanimement condamné l’usage de la peine de mort, des détentions arbitraires et des tortures comme instruments de gouvernance autoritaire. Tous les intervenants ont appelé à :

– Un moratoire immédiat sur les exécutions en Iran ;

– La libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques ;

– L’envoi de missions d’enquête indépendantes dans les prisons iraniennes ;

– Une pression renforcée des États membres du Conseil des droits de l’homme.

Ce side-event a offert une tribune essentielle aux voix marginalisées d’Iran, et rappelé l’obligation morale et juridique de la communauté internationale de ne pas détourner le regard face à ces crimes.

Centre Zagros pour les Droits de l’Homme